Témoin
exceptionnel des grands bouleversements géologiques
qui ont marqués notre région des garrigues
nord-montpelliéraines.
Le Pic
Saint-Loup constitue de par son élégante silhouette le
monolithe calcaire le plus saillant, surgissant
subitement dans le paysage (I), II est loin d’être
comparable aux collines aux formes adoucies qui
dessinent nos garrigues et que de nombreuses routes
franchissent ça et là sans difficulté. S’il s’impose
au-dessus du pays, c’est sans nul doute pour
interpeller à sa façon le profane sur ces grandes
étendues de pierrailles qui au nord de Montpellier
abondent et dont il est le maître incontesté. On ne le
franchit pas. Il se contourne comme un monument ou
bien une oeuvre artistique sculptée sur toute ses
faces.
Sa surprenante candeur n’apparaît effectivement qu’au
détour d’une de ces routes,
celles de
la plaine de Seuilles par exemple ou bien de la vallée
du Lez (voir article précédent) qui, de part et
d’autre, tentent de l’éviter. Pudiquement tourné vers
le Nord, comme pour cacher quelques secrets, il ne se
livre qu’aux automobilistes ou aux randonneurs
intrépides qui véritablement veulent s’en approprier
les curiosités. Des curiosités qui interpellent et qui
sont tout d’abord d’ordre géologique.
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Les
strates verticales de la crête du Pic
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Tel qu’il
se présente de nos jours, le Pic Saint-Loup n’a rien à
voir avec cette montagne qu’il devait être lorsque le
plissement dont il est une des conséquences atteignit
son paroxysme et que l’érosion commença son œuvre
destructrice.
Comment s’est-il formé ?
Des
sédiments aux plissements : plusieurs millions
d’années pour le façonner
Les
calcaires du jurassique supérieur qui le composent
sont des sédiments marins (coquilles, carcasses,
ossements..) accumulés en couches successives
(strates) il y a quelque 135 millions d’années au fond
d’une grande dépression de terrain appelée par les
géologues « Golfe des Causses ». Ces calcaires-là
n’ont rien à voir avec ceux de la montagne voisine :
l’Hortus dont les sédiments se sont quant à eux
déposés par superposition au-dessus de ceux qui
forment l’ossature du Pic il y a quelques 125 millions
d’années, c’est-à-dire dix millions d’années plus
tard.
La
montagne de l’Hortus n’a donc aucune relation directe
avec le pic Saint-Loup car elle ne faisait pas partie
du même massif contrairement à ce que certains ont
prétendu.
Une partie
de ces strates, à l’origine de leurs dépôts accumulés
à l’horizontale sur plus de 2000 mètres de profondeur,
(un sondage pétrolier au sud du village de Cazevieille
a permis de le constater) sur un socle très dur ont
subi ensuite de nombreuses contraintes jusqu’au point
de se retrouver dans la position où elles se trouvent
actuellement, c’est-à-dire à l’absolue verticale. La
forme élancée actuelle que
revêt le pic, et le fait qu’il arbore une belle paroi
nord verticale qui n’est rien d’autre qu’une de
ces strates rebroussées, a été la conséquence de
fortes poussées de terrains exercés du sud vers le
nord, assortie d’une lente mais progressive
compression. Ces mouvements de terrains importants qui
se sont propagés dans tout le Languedoc et bien
au-delà encore en direction des Alpes sont une des
conséquences locales typiques de la surrection de la
chaîne des Pyrénées.
Prises en
étau, car butant sur des terrains plus résistants
situés au sud, ces strates se sont d’abord plissées,
formant au-dessus de l’actuelle combe de Mortiès sans
doute une imposante montagne aux formes arrondies.
Ensuite,
arc-bouté à outrance par la compression toujours
persistante, elles se sont finalement déplacées pour
former un ensemble de panneaux séparés par des
accidents que l’on appelle des « failles ».
Portées
très haut, bien plus haut qu’à l’altitude actuelle
(probablement plus de 1 000 mètres) ces dernières ont
ensuite subi les très longues affres de l’érosion
pendant plus de 40 millions d’années, venant
progressivement à bout de la cime principale jusqu’à
complètement évider et former la combe de Mortiès.
Cette combe discrète en forme de cuvette située au
nord du village de Saint-Jean-de-Cuculles et dans
laquelle est établi un superbe vignoble, exhume
aujourd’hui les séries sédimentaires de la base du
jurassique (jurassique Inférieur) qui renferme de très
nombreux fossiles. Cette érosion qui s’est accentuée
pendant toutes les périodes de glaciation quaternaires
se poursuit toujours inlassablement de nos jours. Elle
est matériellement caractérisée, entre autres
phénomènes moins perceptibles à l’oeil, par le
décollement et la chute des strates de la face Nord et
leur réduction en petits cailloutis comparables à ceux
qui déjà encombrent le bas des falaises.
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La
combe de Mortiès |
Une fin propre à toutes les
montagnes
Cette
lente et inéluctable dégradation, phénomène normal
subi par toutes les montagnes, finira petit à petit
par grignoter tout le massif. Lequel, réduit à une
simple colline, verra sans doute ses derniers débris
emportes vers la mer par quelque fleuve ou rivière de
nos jours inconnus mais qui viendront tôt ou tard
parcourir nos garrigues. À l’exemple du causse de
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Grotte des Croix Gravées |
Viols-le-Fort situé sur sa partie méridionale, le pic
Saint-Loup, raboté, ne sera plus qu’un plateau
horizontal oubliant qu’il fut un jour la plus
caractéristique et élégante montagne des garrigues.
Au cœur des strates : falaises
et grottes mystérieuses
Parmi les
artifices du calcaire fort nombreux de la face Nord,
deux grottes attirent l’attention. La première, située
à l’aplomb de la falaise principale, porte le même nom
que la chapelle située au sommet et dédiée à
Saint-Joseph. Cette baume s’ouvre par un vaste orifice
circulaire bien visible de la route du col de Fambetou.
Curiosité géologique, elle se prolonge
spectaculairement par un conduit vertical (cheminée)
qui rejoint la crête du pic et y débouche par un aven
discrètement caché parmi la végétation de chênes
verts. Cette cavité devrait normalement se développer,
à l’horizontale comme la plupart des grottes. Mais
l’antériorité de sa genèse
eu égard
ta formation du massif et par voie de conséquence le
redressement de ses strates, a entraîné les galeries
de cette dernière dans une position redressée,
c’est-à-dire en position verticale. Ce phénomène ne
s’observe que très rarement tant les conditions à
remplir sont exigeantes.
Des croix gravées
La
deuxième grotte, bien plus discrète, s’ouvre à
l’extrémité du massif au-dessus du chemin de Grande
Randonnée (GR 60) qui franchit un col pour
rejoindre
le village de Cazevieille. Deux entrées percent une
aiguille rocheuse de la face Nord et donnent accès à
un couloir d’une dizaine de mètres de longueur.
Phénomène
curieux, et qui n’a rien à voir avec la géologie, une
fois l’an, le 1er février, un rayon de soleil pénètre
par l’un des deux orifices de la cavité. Il vient
juste illuminer et se poser quelques instants et
avec précision sur des croix gravées à même la roche.
Ces mystérieuses croix, bien dessinées, sont sans
doute l’œuvre d’un prêtre réfractaire venu se réfugier
dans cette grotte à l’époque des guerre de religion.
Histoire de passer le temps et symbolique vont ici de
pair.
Des rivières souterraines
D’autres
cavités et non des moindres (on en compte plus d’une
cinquantaine... !) traversent le massif notamment dans
sa partie occidentale, telle celle qui, depuis le
« Cirque des Escargots », s’incline progressivement
d’éperon en éperon en direction du causse de
Viols-le-Fort. Seule, la grotte de la Fausse-Monnaie
(ou grotte du Mas-de-Londres) pourrait retenir
l’attention par ses deux kilomètres de galeries.
Vestige d’une ancienne rivière souterraine qui
circulait autrefois sous le causse, cette grotte
toujours « vivante », s’est adaptée aux
transformations du massif et à son évolution
géologique. Profonde de plus de cent mètres, elle
donne accès à un petit
ruisseau souterrain dont une coloration à la
fluorescéine (colorant puissant) a permis de
déterminer sa relation avec la source du Lez
(3)distante de plus de 10 kilomètres au sud du massif.
Un beau réseau souterrain en perspective mis ainsi en
évidence et qui reste à explorer pour les
spéléologues.
Croix gravées |
Des restes de Mammouth
Mais une
autre cavité d’un tout autre intérêt, encore plus
discrète et dans laquelle des ossements de mammouth
datés de 32 000 ans ont été découverts défie la
chronique. Le témoignage quelle apporte atteste que
lors des dernières périodes de glaciation qui ont
sévit sur le Languedoc, la température pouvait
descendre bien au-delà des -30° !
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La crête du Montferrand
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On le voit
bien, la richesse du Pic Saint-Loup et de sa région,
que ce soit celle déjà évoquée de sa silhouette hardie
offerte au voyageur qui passe, ou bien celle de ses
curiosités moins perceptibles qui courent ça et là
dans ses innombrables replis vaut bien le détour.
On y portera donc un regard différent, une approche
moins classique que celles qu’il est courant de
découvrir à la lecture des guides touristiques
traditionnels.
Du château de Montferrand à la tour de Cazevieille,
sachons redécouvrir la plus belle perle de nos
garrigues.