BALADES DANS L'ARRIERE PAYS

Un géant des garrigues :

le pic saint-loup  

 

 

Depuis le promontoire de la promenade du Peyrou à Montpellier, la retombée méridionale du massif du Pic-Saint-Loup barre l’horizon ; aux allures de simple colline trapue, eIle se confond dans le moutonnement boisé, des garrigues qui prolongent la ville.

La silhouette la plus hardie de ce géant celle qui lui revêt ses caractéristiques de « pic », n’est cependant pas la plus connue de lui, la plus familière. Il faudra prendre la route dite « de Mende » et se rendre non loin du village de Saint-Mathieu-de-Tréviers pour en contempler les plus variés et pittoresques aspects.
Le profane qui parcourt ses sentiers au long de la classique ascension de son sommet agreste est loin de songer qu’il foule sous ses pieds un des plus originaux et spectaculaires massifs calcaires du Sud de la France.

Perchée à plus de 643 mètres d’altitude, son escarpe vigoureusement élancée domine l’immense table calcaire du causse de Viols-le-Fort ; elle incarne à elle seule l’image la plus iconisée des garrigues nord-montpelliéraines.

« Ces collines calcaires, faites d’usure et d’érosion, n’atteignent jamais au chaos ni à la violence, et les affaissements de rochers qui coupent les pentes prennent l’aspect de falaises bordant des océans disparus » (Gaston Baissette).

Ses fines strates blanches portées à la verticale au-dessus du bassin de Saint-Martin-de-Londres, érigées tel un gigantesque mille-feuille, mettent en exergue une superbe face Nord, colossal miroir de calcaire à l’assaut de laquelle grimpe un immense talus boisé de chênes verts centenaires. Pierriers considérables et dalles vertigineuses exposées aux quatre vents, renforcés par trois éperons trapus burinés à même son échine créent un décor d’une étonnante beauté.

Lorsque nous parcourons d’Est en Ouest sa crête occidentale fine comme l’arrête d’un peigne, entre la chapelle Saint-Joseph située au sommet et la petite tour qui surveille le village de Cazevieille, ces fameuses strates régulières aux aspérités saillantes qui sonnent sous nos pas sont là en témoignage de puissantes forces de compression.

 L'observatoire contre les incendies

Leur verticalité, qui rappelle les touches d’un piano, témoigne de là violence de mouvements tectoniques qui lentement et progressivement au cours de millions d’années ont façonné les paysages du Languedoc. Des paysages d’apparence tranquille, aux formes généralement adoucies et paisibles, secrètement, cachent en leurs plis froissés et sous une végétation couvrante, une longue aventure géologique. Dans sa majesté et à lui seul, le pic Saint-Loup, souligné par la pureté de ses lignes et son élégante silhouette, rassemble dans le détail gorges, ravins, thalwegs, avens, autant de phénomènes karstiques qui taraudent sa surface et qui font par là même l’originalité des étendues sauvages qui ça et là courent de la grande bleue à la montagne de la Séranne.
Maître incontesté de ces garrigues dont il constitue le point le plus élevé, il doit très justement sa réputation à la force magique toujours renouvelée que sa silhouette dégage quelle que soit l’approche que l’on en fait.

Par les routes de la vallée du lez

Avant même d’aborder la petite route du col de Fambetou (Dl) qui permet d’approcher de très près sa superbe face Nord visible de fort loin en venant de la plaine du Vaunage ou bien de Prades-le-Lez, on s’arrêtera à l’entrée du village de Tréviers, lieu dit de la plaine.

Un grand carrefour, qui jouxte le hameau le « Lac de Jantou » offre un superbe coup d’oeil sur ce véritable décor de théâtre qui réunit sur un même plan la montagne de l’Hortus et les crêtes du château de Montferrand (I).
C’est de ce point précis, bien connu des photographes ou des amateurs d’aquarelles, que le pic Saint-Loup, placé en arrière-plan montre un de ses plus hardis et pittoresques aspects. Un de ceux qui fui valent par ailleurs sa morphologie de pic que l’on pourrait facilement comparer à celle d’une « lance », voire même d’une « dent », à l’identique de celles qui couronnent les plus beaux sommets des Alpes.

En poursuivant la route en direction de Saint-Martin-de-Londres. la combe de Fambetou, échancrée au sein d’un vaste vignoble, sublime ce paysage en pénétrant carrément au coeur de ce dernier. Taillée sur les pentes d’éboulis de la montagne de l’Hortus, elle s’engage dans une pinède, laquelle, à la faveur de quelques trouées, dévoile l’imposante face Nord de ce géant. Face à soit, la falaise de plus de 120 mètres de haut, dressée tel un immense rempart sur plus de 2 000  mètres de large, ferme complètement l’horizon. Elle occulte l’immensité des garrigues méridionales, formées d’assises et contreforts tourmentés dans lesquels s’incrustent de nombreuses vallées et de longs et sinueux ravins.
Cette face Nord élégante est d’une verticalité absolue telle une muraille infranchissable. Très prisée des varappeurs, elle offre de nombreuses voies d’escalade dont certaines comportent des difficultés qui en font un terrain de prédilections pour les amateurs avertis.

 La face nord et le cirque des escargots

Par la plaine des garrigues de Seuilles (causse de Viols-le-Fort -Cazevieille)

C’est effectivement l’itinéraire le plus classique, à partir de Montpellier, si l’on emprunte la D.986 ( dite route de Ganges), mais il est loin d’être le plus révélateur des aspects les plus hardis du massif. Cette route, qui évite te village de Saint-Gély-du-Fesc et que l’on emprunte pour atteindre le village de Cazevieille à partir duquel on peut atteindre te sommet, traverse l’immense plaine de Seuilles.
Elle en dévoile ses pentes adoucies, celles trompeuses qui lui confèrent son allure de modeste colline. Mais si l’on ne désire point se rendre à Cazevieille et faire le « tour » du massif pour revenir par le sillon du Lez (Prades-le-Lez), ce n’est qu’à l’approche du village de Saint-Martin-de-Londres et plus exactement du hameau du Mas de Londres que se révèle toute la splendeur de cette élégante montagne.

« Là, près de la métairie de la Pourcaresse, le pic de Saint-Loup reprend sa forme aiguë ; on voit le chaînon de profil, tel un obélisque titanlque et fier. » (A. D.)

Par les chemins et sentiers

Plusieurs approches pédestres sont possibles pour atteindre le sommet du pic et cela, sur toutes ses faces. La plus classique, qui n’est par forcément la plus pittoresque mais certainement la plus révélatrice de ses caractéristiques est celle qui trouve son point de départ dans le village de Cazevieille sur le causse de Viols-le-Fort.
Un grand chemin (de la Dévotion) emprunté autrefois lors des processions de la Saint-Joseph permet d’en faire l’ascension. Cette promenade « grand public » d’une heure et demie environ sans trop de difficultés nécessite cependant un peu d’endurance et des chaussures de marche adaptées.
En empruntant à partir de Saint-Mathieu-de-Tréviers le
 sentier qui passe à l’aplomb du
château de Montferrand, on pourra rejoindre ce chemin principal au col de la Croisette (point de départ de l’ancien chemin de Croix). Il faudra là aussi compter bien plus d’une heure et demie de marche.

La face nord et sa belle paroi d'escalade

D’autres possibilités, réservées aux bons marcheurs, sont offertes par les nombreuses pistes qui courent sur la crête du massif voire sur sa face Nord abrupte. Il ne faut cependant pas être sujet au vertige, craindre la marche en terrain accidenté ni surtout partir sans aucune expérience de la montagne.

Que trouve-t-on au sommet

La Tour d’observation

Hormis le poste d’observation panoramique pour la prévention des incendies, qui coiffe l’arête sommitale la plus élevée, le sommet du pic, comme bien des montagnes dominantes est occupé par des symboles religieux objet de culte et de traditions.

La chapelle Saint-Joseph

Construite à même le roc sur un petit replat abrité du Nord, cette chapelle coiffe la partie la plus insolite du sommet de l’édifice dont le style très dépouillé remonte au XIXe siècle n’a rien de particulier. Une nef et une abside sans ouverture lui confèrent une allure assez austère. Une petite sacristie prolongée par l’ancien

 habitat modeste d’un ermite, ainsi qu’une citerne qui recueille l’eau de la toiture, censée guérir autrefois des écrouelles, sont les seules richesses de ce bâtiment restauré il y a quelques années par des bénévoles. Dédié ou culte de Saint Joseph et point de recueillement final du chemin de croix qui avait lieu autrefois le 19 mars de chaque année, les pèlerins assistaient a une messe célébrée à l’extérieur non loin du parvis aujourd’hui détruit.

 La Chapelle Saint-Joseph

La Sainte Croix

Régnante sur son support, métallique dans son habillement, cette structure symbolique, dernière station du fameux chemin de Croix qui rassemblait les fidèles des villages alentours, impose aux visiteurs ses 9,50 mètres de hauteur. Pas très élégante à vrai dire et surtout désertée par un Christ qui n’aurait pas été épargné par tes affres d’un sommet parfais très venté, la présente croix remplace une ancienne plus petite, objet d’un culte particulier. C’est en 1911 que l’actuelle fut érigée, l’ancienne en bois étant jugée trop près de la bordure dangereuse de la falaise. On prétend que tes jeunes filles voulant se marier dons l’année venaient y piquer une aiguille ou y baiser un clou planté, Aujourd’hui, la nouvelle croix étant en fer, cette tradition est désormais abandonnée et pour cause.

Que voit-on du sommet ?

« Par les beaux temps, on découvre de là haut tout le rivage méditerranéen, depuis les Alpes maritimes jusqu’au Canigou et même aux monts de Catalogne. Les garrigues, aplanies en apparence, déroulent leur nappe de broussailles languissantes ; plus loin, jusqu’à la mer, c’est la verdure du vignoble enchâssant les villages, les bourgs, les villes, les coteaux revêtus d’oliviers. » (A. D.)

Le sommet du pic Saint-Loup offre essentiellement une vue très dégagée sur les garrigues et les causses nord-montpelliérains. En contre-haut de la chapelle érigée sur un petit replat sommital, lorsque l’on  s’approche de la bordure à la faveur d’une allée de strates dont l’une d’entre elles forme un garde-fou naturel face au vide, le spectacle est éblouissant.

Au premier plan, en contrebas, c’est d’abord la vaste table inclinée du causse de l’Hortus magnifiquement mis en valeur par sa belle falaise toujours ensoleillée qui attire irrésistiblement le regard. En son extrémité la plus effilée on y devine les ruines du château de Viviourés (Xle siècle) que nous aurons l’occasion de visiter dans un prochain article. Vers le nord, celle du Thaurac dans laquelle s'ouvre la grotte des Demoiselles s'illumine un peu et

 La Chapelle Saint-Joseph (vue latérale)

se détache, laquée sur un fond de montagnes au premier plan duquel s’impose la montagne de la Fages. Les Cévennes méridionales toutes proches inaugurent juste derrière la longue chaîne de l’Aigoual prolongée vers l’Ouest par le massif du Lingas.
À l’Ouest, au-dessus du village de Saint-Martin-de-Londres qui occupe la bordure d’une immense cuvette, et en fond d’horizon, la Séranne, immense barrière hérissée de nombreuses éminences (pic Saint-Baudille, Peyre-Martine, etc.) occulte le Larzac au-delà de son belvédère trapu du Roc Blanc (945 m).
À l’opposé, c’est-à-dire vers l’Est en direction du Vaunage, les monts Bouquet et Ventoux et plus encore dans le même axe le massif du Vercors viendront, selon la luminosité, se dessiner au travers des brumes et autres obstacles des fumées industrielles de la vallée du Rhône.
Hélas, le sommet du pic, plus exacte ment la végétation de chênes verts qui s’enracinent parmi ses nombreux lapiaz occulte non seulement son point de vue méridional tourné vers la « grande bleue » mais aussi et surtout l’immensité des garrigues qui s’étirent à sa base.
La combe de Mortiés et son illustre vignoble ne se distingue que furtivement lors de la montée sur le chemin classique.

 La citerne de la chapelle

Quant à la plaine de Seuilles, du nom de la magnifique ferme qui y trône, que l’on traverse en automobile avant d’atteindre le village de Cazevieille, celle-ci n’apparaît que lorsque l’on tente l’approche de son épaulement Ouest, quelques mètres au-delà du calvaire sommital. C’est de cet endroit précis qu’un superbe sentier permet de descendre l’arrête occidentale du massif et que l’on peut estimer et apprécier pour le mieux l’étendue du causse Viols-le-Fort-Cazevieille. Moutonnement de garrigues et autres éminences hérissées de chaotiques tapies, tapissées d’une chênaie dominante sur plus de trente kilomètres carrés constituent un pays authentique et sauvage, ce fameux pays de garrigues loué et chanté par de nombreux écrivains et poètes.

Parution originale : Gazette Economique et Culturelle du Languedoc n°1325, p. 14-17. 2007 (D.Caumont)

suite de l'article : Virtuosité des strates

 

 

 
 
 
 

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