A deux pas de
la ville, un petit fleuve têtu et discret pénètre au sein
même du pli de Montpellier et de la garrigue de
Font-Caude. Durant le quaternaire et peut-être bien
avant, il y a creusé des gorges (Vauta dau Pioch) puis une
magnifique vallée. Aujourd'hui, la Mosson enchante ce coin
de garrigue ignoré où depuis quelques décennies de hautes
tours indiscrètes surveillent le site.
La Paillade,
cité nouvelle héritée par Montpellier en 1960 garde bien
ses secrets. La butte des Hauts de Massane sur
laquelle est construite une grande partie de ses
habitations n'est autre qu'un élément majeur d'une des
plus importantes manifestations géologiques du Bas
Languedoc.
Ancrées sur un
plissement de strates calcaires, ces hautes habitations
qui occupent ce mamelon dans lequel s’incruste le « lac
des Garrigues » dominent le val de la Mosson. Une riante
vallée qui depuis le village de Grabels incise le « pli de
Montpellier » et son prolongement méridional constitué par
le plateau de Fontcaude.
Découvrir cette vallée en passe, hélas, d’être colonisée
par l’urbanisation galopante du plateau de Font Caude nous
surprendra. D’abord, parce que la Mosson, cette rivière
dont le cours d’eau qui depuis sa source à Montarnaud a
tendance à s’assécher, y retrouve à partir de Grabels et
cela grâce aux apports des sources de Lavit et du Martinet
quelque fraîcheur qu’il convient d’apprécier.
En suivant le
lit de la rivière à partir du village de Grabels, on
suivra le cours sinueux et riant de la rivière jusqu’au
niveau du stade de la Mosson. Cette incursion dans ce
défilé nommé localement « Vauta dau Pioch » nous
surprendra.
LA
SOURCE DE LA MOSSON
La
Mosson prend sa source dans la commune de Montarnaud
au lieu dit « Fontmosson ». Son cours depuis ce
village jusqu’à Grabels suit grossièrement l’axe d’une
dépression de terrain entre Montarnaud et Vailhauquès.
Elle coule ensuite en suivant des affleurements du
calcaire lutétien du Bois des Chênes. Après deux
coudes qui l’orientent vers l’est puis vers l’est-sud-est,
elle longe la D.127 en passant près des sources de
Montlobre. Elle serpente ensuite vers l’est en
traversant le vignoble, contourne la colline du Mont
Redon et s’oriente vers le sud selon l’axe de la
dépression de Sain-Gély-du-Fesc pour atteindre Grabels.
A partir de ce village, elle forme un coude brusque
pour longer le front du pli de Montpellier qu’elle
tranche et traverse jusqu’à La Paillade. Depuis sa
source à Grabels, sa longueur et de 12,6 km. Son débit
maximum en crue varie entre 15 et 29 m3/s (1972). Son
fonctionnement est de type méditerranéen,
c’est-à-dire, l’hiver, le printemps et l’automne sont
des périodes de grosses crues. La saison sèche s’étale
de juin à septembre. Son débit spécifique de drainage
est de 13,7 l/s/km².
Si l’on est
tant soit peu curieux et observateur, on pourra y
découvrir cet acharnement propre aux rivières de notre
région, qui consiste à se déjouer des difficultés
géologiques pour parvenir à leur fin. Un défi pour elles,
qui au fil des millénaires a consisté à entailler avec
ténacité et insistance le calcaire le plus compact, pour
se diriger vers la mer. Tout comme l’Hérault, à
Saint-Bauzille-de-Putois, s’est acharné à découper le
massif du Thaurac plutôt que de le contourner par une
plaine plus facile, et le Lez à Castelnau qui s’est
franchement joué du front rigide et compact du pli de
Montpellier, la Mosson quant à elle n’a point dérogé à la
règle. Elle s’est, avec une désinvolture surprenante,
creusé un passage à travers ce même plissement, forçant à
tout prix en grande conquérante les replis du calcaire et
ses redoutables brèches compactes.
A Grabels
donc, et à partir de la source de Lavit qui en grossit son
lit et qui surgit au sein d’une bien curieuse vasque (dite
localement source de Fesses-Madame), on découvrira ce qui
peut être considéré comme une vallée encore sauvage,
livrée à elle-même, c’est-à-dire dans son expression
naturelle. Et si, de-ci de-là, le long de ce parcours de
plus de 5 km, la main maladroite de l’homme apparaît au
sein des îlots de verdure, on verra que ce n’est
malheureusement pas de bon goût.
LA SOURCE
DE LAVIT (OU DE DAVIS)
Cette source
connue encore sous le nom de « Fesses-Madame » naît à
l'altitude de 59,5 m sur la rive droite de la Mosson
sous un encorbellement rocheux. La couleur et la forme
de son exutoire qui lui vaut cette appellation est
formée à partir d’éléments calcaires argileux (marnes
rouges, calcaires roux, brèches) polies aux cours des
temps par les eaux d’exhaure. Ces conglomérats sont ici
surmontés par les calcaires du jurassique supérieur d’où
sont issues les eaux qui l’alimentent.
Elle est la
résurgence des eaux souterraines formées au sein des
calcaires jurassiques développés sur le flanc sud du pli
de Montpellier, au nord de Murviel (garrigues du mas
Dieu, dépression de Quatre Pilas, plateau de Naussargues).
Son bassin d'alimentation, indépendant de la source du
Martinet située 1600 m au sud-est, est estimé à 17,2 km3.
L'eau est de type karstique bicarbonaté calcique avec
une teneur en SO4 et Mg et une température moyenne de
13°5. Son apport au lit de la Mosson est de 30 à 40 l/s
en basses eaux et de 3,3 m3/s en fortes crues.
Mais restons
enthousiastes tout de même car le but de notre balade est
de profiter pleinement de ce site remarquable très proche
de notre clapas.
Profitons de
ces quelques belles pissières qui en égayent le cours, ces
beaux plans d’eau verdâtre souvent immobiles dans lesquels
s’enracinent de superbes platanes. Goûtons à ces quelques
petits coins souvent encore discrets pour, qui sait,
planter une canne à pêche, voire tremper comme le
faisaient les anciens notre litre de limonade. Quelques
cabeaux, voire sophies qui abondent et se cachent dans les
berges viendront peut-être y tournoyer autour.
Jetons un œil
discret enfin à cette aigrette maligne perchée sur un
tronc affaissé en travers de la rivière. Immobile, figée,
elle guette … Si vous êtes prudent à son approche, et
surtout patient, vous pourrez assister à sa pêche
fructueuse.
Oui, ce val de
la Mosson est un oasis de nature, pétri de recoins
insolites qui méritent bien mieux que ce qui lui est
offert alentour. La nature s’y livre encore à quelques
ébats que vous pourrez surprendre. Osez ce voyage à deux
pas de la ville et vous ne serez pas déçus.
Après le
village de Grabels, la route (D.102) qui grimpe sur le
plateau de Font-Caude et rejoint N.109
à « Bel Air » franchit le lit
de la Mosson. Tout juste après le pont qui enjambe son
cours, sur la gauche (stade) un grand chemin traverse de
somptueuses pinèdes colonisées par quelques beaux
spécimens de pins d’Alep. Il rejoint le superbe espace de
pique-nique aménagé par cette commune du lieu-dit « Fesses
Madame ». C’est à partir de cet endroit caractéristique,
marqué par une cascade de tufs, et où subsistent les
restes d’un vieux moulin qu’il convient le mieux de
découvrir ce fameux « Val de la Mosson ».
En poursuivant
vers l’aval et après avoir jeté un coup d’œil au curieux
porche de la source qui n’est point celle de la Mosson
mais d’une résurgence des eaux d’infiltration du plateau
de Naussargues-Font-Caude, et tout en longeant la rivière
par une petite route goudronnée on parvient à une
habitation ancienne.
Celle-ci
jouxtait autrefois un moulin (moulin de Grave) dont il
subsiste quelques modestes traces. Dans son prolongement,
un bon chemin longe la rive gauche de la rivière qui tant
bien que mal se fraye un passage parmi l’abondante
végétation qui l’enserre. Elle longe ici le flanc nord du
pli de Montpellier colonisé par le romarin et surtout par
une abondante brousse de chênes Kermès. De très grossières
brèches calcaires aux couleurs lie de vin interpellent le
curieux. Ce sont ces dernières que la Mosson a dû vaincre
en premier pour traverser la muraille calcaire du pli de
Montpellier.
La vallée,
assez large désormais, parvient au fameux site du
Martinet, coin remarquable où une petite source
(aujourd’hui captée) vient se joindre au lit de la Mosson.
Une passerelle sommaire en béton permet de franchir le
petit affluent qu’elle reçoit et qui provient du plateau
subjacent dont le soubassement est caractérisé par une
série de falaises aux superbes strates redressées.
Source de
Fesses Madame (Labit)
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